Performance et robustesse
Par Nils
- 4 minutes de lecture - 835 motsPour ce nouvel article, j’ai envie de parler d’Olivier Hamant et surtout de ces propos sur la “robustesse”, des propos qui me font beaucoup réfléchir, me font beaucoup repenser à des situations, me fournissent des réponses, …
Olivier Hamant est chercheur à l’INRAE à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, est biologiste. Ces travaux ne s’arrêtent pas au monde de la biologie, il aborde la politique, les guerres, l’IA, …
Il parle de systèmes, de systémie, d’interactions, de natures d’interaction, de rapport au temps, …
Et, de mon côté, je trouve que les parallèles entre ces propos et les organisations que j’accompagne et observe sont nombreux.
Alors, que dit-il ?
(je vais essayer de relayer modestement une partie de ces propos)
La performance, ça fragilise
Notre monde, nos modes de vie, notre agriculture, notre industrie, nos entreprises, … se sont construits autour du levier de la performance. Elle entraîne la recherche d’efficacité et d’efficience, la spécialisation et la vitesse, … Olivier Hamant parle de “culte de la performance”. Parce que oui quand on ne questionne plus la performance, quand on croit que la performance c’est toujours bien, on peut bien parler de culte. Ou d’une dérive sectaire.
Mais la performance a des coûts cachés :
- la performance fragilise. Autrement dit, en recherchant à atteindre rapidement (efficacité) un objectif avec le moins possible (efficience) des fragilités vont apparaître. Des exemples: les arbres plantés en ligne pour faciliter la récolte du bois forment des “autoroutes” pour le feu, le dopage améliore les performances des sportifs et abime leurs corps, … Côté organisation, je pense que Boeing est un bon exemple.
- La performance entraîne la compétition qui elle-même entraîne la violence. Un exemple encore : La violence que le pompier inflige à son corps pour aller lutter contre le feu.
La performance, c’est comme une autoroute. Efficace. Spécialisée. Elle permet d’atteindre rapidement son but. Et quand nous atteignons ce but, combien d’autres en avons-nous raté ?
Quelles seraient ces fragilités dans les organisations ? Un non-engagement des personnes ? Une mauvaise qualité du code ? Des agendas et une charge mentale surchargés ? Une seule personne experte sur un sujet ? Un seul point de contact sur un autre sujet ? Des burn-outs ?
Habiter un monde fluctuant
Pourquoi s’intéresser à ces fragilités ? Parce que dans une période où la permacrise, où les polycrises deviennent la norme, où les crises sont plus fréquentes, plus importantes, les fragilités vont se révéler de plus en plus souvent.
Il faudrait donc, d’après Olivier Hamant, moins rechercher la performance (et donc la fragilité) et plutôt rechercher la stabilité (court terme) et la viabilité (long terme) dans ce monde fluctuant, c’est ce qu’il appelle la robustesse.
Que nécessite la robustesse ? Inefficacité. Hétérogénéité. Incertitude. Lenteur. Redondance. Incohérence. … Que des mots qui font peur en entreprise. Que des maux dont les organisations vont chercher la root cause.
Nabil Berkous, coach indépendant, écrivait il y a peu sur LinkedIn : “Une organisation cohérente n’agit pas forcément en cohésion, l’exemple parfait d’une organisation sociale cohérente c’est une secte”
Quelles pourraient être les réponses ? Mes idées de réflexion nourries par quelques échanges :
- Une organisation complexe ? Dans laquelle il y aurait l’acceptation de l’incertitude, de la coopération, sans doute aussi des incohérences, de la redondance, de la lenteur, … ? Autant d’éléments qui pourraient permettre d’habiter dans ce monde fluctuant, d’être stable, viable, d’être robuste. Une organisation modulaire comme par exemple : le modèle de Buurtzorg aux Pays-Bas (lectrice, lecteur, je te laisse fouiller ;-)
- Une organisation chaotique ? Une organisation qui “jouerait” à son plus haut niveau de risque : elle demanderait à ses employés de ne pas rester plus de 3 ans à un poste, elle s’entraînerait à se détruire et se reconstruire le plus rapidement possible (chaos engineering, cybersécurité, …). Elle s’immuniserait. Elle ne serait ni fragile, ni robuste, elle serait “anti-fragile” (mot popularisé par Nicholas Nassim Taleb).
- Une organisation qui prônerait l’adaptabilité, c’est-à-dire l’anticipation des fluctuations et non l’adaptation, la réaction à ces fluctuations.
Et maintenant, on fait quoi ?
Les systèmes, nous dit Olivier Hamant, basculent par les marges, par l’extérieur. J’explique avec un exemple : les bancs de poissons ou les vols d’étournauds sont menés par les possions ou étournauds qui se situent en périphérie, ceux qui voient le monde. Ceux qui sont à l’intérieur suivent ceux qui sont à l’extéreur. Du côté de nos organisations, ça veut dire quoi ? Cela signifie qu’il faut aller voir les entreprises qui voient le monde changer, qui se posent des questions, essaient d’y réfléchir et de proposer des réponses. Je pense à des entreprises comme Pochéco.
Je conclus comment ?
En citant une dernière fois Olivier Hamant ? Allez !
“Le monde ancien se fossilise, cristalise.
Le monde d’après est joyeux et faits de liens.”
Bibliographie
- Une conférence d’Olivier Hamant parmi des dizaines : Le sens & l’action
- le livre “Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant” d’Olivier Hamant. Pour 3€90 !
- Photo de FlyD sur Unsplash