Réflexions sur la polyvalence
Par Nils
- 5 minutes de lecture - 890 motsCe matin, je m’interroge sur la notion d’expert.
Qu’est-ce qui aujourd’hui fait que je repense à ça ? Parce que c’est une marotte chez moi ? Sans doute un peu.
Mais aussi, des connexions entre deux nouvelles choses qui se sont entrechoquées :
- Une discussion avec ma fille en classe de 1e (je développe juste après)
- Et deux articles du journal Midi Olympique du 29 septembre sur les bienfaits de la polyvalence des joueurs.
Discussion avec ma fille
Pendant un trajet en métro, elle me raconte une pensée offerte, à haute voix, par son prof de maths.
Il leur disait qu’il ne voyait les élèves que sous son prisme de la spécialité qu’il enseignait, qu’il ne pouvait évaluer ses élèves que sur la base de leur attitude dans son cours, de leurs résultats et tout ce qui fait qu’un élève est élève.
Il soulignait l’étroite fenêtre par laquelle il les voyait. Il ajoutait aussi qu’il serait bien incapable de réciter des dates d’histoire, de rédiger des dissertations structurées parce que ces “exercices” demandaient une autre forme de réflexion, de pensée que celle exigée par les mathématiques.
Il terminait en disant que, dans la vie de tous les jours, peu de personnes sont ainsi sollicitées, que l’école demande aux enfants de penser avec plusieurs prismes, à apprendre de plusieurs façons. La vie après l’école serait, d’après lui, moins sollicitante de ce point de vue-là.
L’école entraînerait les enfants à jongler en plusieurs formes d’apprentissage et de réflexion et après, au travail par exemple, nous aurions une fenêtre de réflexion plus étroite. Question un peu provocatrice : Nous nous transformerions en expert·e ?
En diminuant notre capacité de formes de réflexion aux dépens d’une certaine expertise ?
Comme un professeur de mathématiques par exemple ?
Je vous laisse vous faire une opinion. Quitte à ce que vous lâchiez votre lecture pendant quelques secondes, minutes ou plus si besoin.
Une part de moi est d’accord avec ce professeur.
Polyvalence
L’autre moment qui croise cette discussion, c’est la lecture de deux articles du journal spécialisé Rugby : Midi Olympique. Dans l’édition du lundi 29 septembre, dès la page 3 et son dossier de la semaine, le journal parle de polyvalence avec ce titre : " le grand enjeu de la polyvalence “.
Dans un autre article, la chronique de Laurent Labit, ancien entraîneur du staff de l’équipe de France de rugby, il est écrit : " ce qui est intéressant, c’est qu’avant, on disait du polyvalent qu’il était le remplaçant idéal. Bientôt, je pense qu’il s’agira au contraire d’une critère pour postuler dans un XV de départ et aujourd’hui on va les chercher de plus en plus dans les cases de départ “.
Il ajoute plus loin " une équipe qui aligne des joueurs polyvalents a pour moi une palette tactique et stratégique beaucoup plus importante que des équipes qui restent dans du jeu au poste “.
Intéressant de constater cette transformation d’état d’esprit et de lire ce que cela devrait apporter aux équipes.
Aujourd’hui, pour lui, l’équipe actuelle qui travaille et utilise le plus cette polyvalence c’est le Stade Toulousain. L’équipe profesionnelle a, depuis 2019, remporté 2 coupes d’Europe et 5 titres de champion de France.
Laurent Labit précise que tous les postes de rugby sont susceptibles d’être occupés par des polyvalents sauf pour le poste de pilier droit. Il considère que, même si il y a eu des expérimentations par le passé, le rugby n’en est qu’à ses débuts sur l’exploitation de la polyvalence.
Monde complexe
Cette conversation et cette lecture continuent à me dire que la polyvalence est une réponse à notre monde complexe, au monde qui se profile, aussi bien d’un point de vue pro, perso ou citoyen.
Quels parallèles faire entre la compétition sportive et ce monde complexe ?
- Dire que le monde complexe qiui nous entoure est aussi un environnement où la performance est encensée, où la compétition est présente ?
- Dire que les compétitions sont aussi des mondes complexes où les règles changent tous les ans, où les blessures et les absences arrivent sans prévenir, où toutes les équipes innovent régulièrement, où la forme des entraînements physique, mental, tactile et stratégique évolue, … Plein de facteurs qui obligent les équipes, les coaches à explorer de nouvelles réflexions, à essayer des idées.
Dans notre monde complexe, où les mutations, les changements arrivent comme une succession sans fin de vagues, est-ce que la polyvalence prônée par le rugby actuel n’est pas quelque chose à explorer, à envisager plus ? Est-ce qu’alterner avec plusieurs formes de pensée comme le font les élèves n’est pas à renforcer dans nos organisations ? Dans le monde professionnel ?
Qu’est-ce que cela signifie dans mon cas de coach d’organisation ?
- Me mettre un peu plus à la page sur l’IA ?
- M’intéresser à la sociologie ?
- Me renseigner sur plus de frameworks d’organisation ?
- Me remettre au code ?
- Me lancer dans l’UX ?
Qu’est-ce que cela signifie en tant que citoyen du monde ?
- Apprendre à coudre ?
- M’intéresser à la radio amateur ?
- Devenir libriste ?
- Provoquer des rencontres improbables et des échanges ?
- Apprendre à réparer ?
- Lire plus de textes étrangers ? Regarder plus de films indépendants ?
Comme le précisait, Laurent Labit, le temps d’entraînement reste limité, je ne pourrai pas tout explorer, maîtriser, …
Et pour vous ?